Pour infiltrer un réseau de blanchiment lié à Lazarus, ZachXBT a engagé 350 000 dollars
Près de 350 000 dollars avancés, 5 % perdus à chaque opération et aucun filet de sécurité : l’enquêteur on-chain ZachXBT affirme avoir infiltré un réseau de blanchiment d’argent lié à Lazarus, le groupe de cybercriminalité nord-coréen. Révélée le 5 octobre 2026, l’opération avait commencé en mars 2025, après le piratage de Bybit, auquel le FBI attribue 1,5 milliard de dollars de pertes.
En se faisant passer pour un client, l’analyste dit avoir suivi des fonds volés à travers plusieurs blockchains et contribué au gel de 442 000 USDT par Tether. L’affaire met en lumière une méthode d’enquête peu ordinaire : observer les blanchisseurs en devenant, à leurs yeux, un client crédible.
Ce qu’il faut retenir
- ZachXBT dit avoir engagé 349 700 USDC pour approcher le réseau.
- Un cluster de plus de 12 millions de dollars lié au piratage de Bybit a été repéré.
- Tether a gelé 442 000 USDT associés aux fonds suivis.
- Aucune arrestation de « Jimmy Green » ni de membres du réseau n’a été signalée.
Une infiltration financée par 349 700 USDC
Le 6 mars 2025, ZachXBT a créé une nouvelle adresse sur Ethereum, approvisionnée en 349 700 USDC. Sous le pseudonyme « Jimmy Green », il a contacté un syndicat criminel chinois et s’est présenté comme un acheteur potentiel de services de blanchiment.
Chaque ordre lui aurait coûté 5 % de la somme engagée, sans garantie de récupérer les fonds. Le réseau, selon son récit, répartissait les USDT entre plusieurs « accepteurs » et disposait d’une équipe prête à traiter des volumes importants. Les détails de cette opération sont également rapportés par Decrypt et FinanceFeeds.

Le traçage des transactions mène à un gel de fonds
L’infiltration a permis d’observer un cluster de plus de 12 millions de dollars associé au vol de Bybit. Les actifs auraient transité du Bitcoin vers l’Ether, puis Solana et Tron, un parcours multichaîne qui complique le suivi, mais laisse aussi des traces exploitables par les enquêteurs.
Tether a ensuite gelé 442 000 USDT liés à ce cluster. ZachXBT affirme avoir contribué depuis 2022 au gel de plus de 75 millions de dollars dans des dossiers associés à la Corée du Nord. Ce résultat reste limité par rapport au butin présumé : il montre toutefois comment le traçage des transactions peut produire des éléments actionnables lorsqu’il est combiné à des renseignements recueillis directement auprès d’intermédiaires.
Un mode opératoire évoqué après le piratage de Bitget
ZachXBT dit avoir retrouvé un schéma comparable après le piratage de Bitget, survenu fin septembre 2026 et évalué à 387 millions de dollars. La plateforme et les sociétés Elliptic et Chainalysis ont relié l’attaque à la Corée du Nord ; les ressemblances avec les flux précédemment étudiés orientent l’attention vers les réseaux de blanchiment, sans établir à elles seules l’identité de chaque opérateur.
Selon l’enquêteur, le syndicat agirait depuis Hong Kong et la Chine continentale et aurait blanchi plus d’un milliard de dollars pour Lazarus au fil de plusieurs attaques. Le dossier rappelle aussi que le vol de cryptomonnaies et leur conversion mobilisent des intermédiaires distincts : l’enquête doit donc suivre les flux, mais aussi les personnes et les structures qui les reçoivent. Un éclairage sur les liens entre ces groupes et les attaques nord-coréennes est proposé dans cet aperçu consacré aux hackers de Lazarus.
Une avancée d’enquête, sans arrestation annoncée
À ce jour, aucune arrestation de « Jimmy Green » ou d’autres membres présumés du réseau n’a été annoncée. Le gel d’une partie des fonds ne signifie donc pas que l’ensemble du circuit a été démantelé : les acteurs peuvent changer d’intermédiaires, de plateformes et de blockchain.
Pour les acteurs financiers, l’enseignement est concret : les alertes sur les portefeuilles ne suffisent pas toujours, tandis que la surveillance des relations entre adresses, services et contreparties peut révéler la structure d’un réseau financier. C’est précisément ce passage du simple suivi des soldes à l’analyse des interactions qui donne à cette enquête sa portée.
